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Les enfants de Kaboul ( 1994 /
© Laurent Van Der Stockt )
Ils fouillent les
ruines à la recherche de bois, alors que les obus continuent de
s'abattre sur la ville.
Ils le transportent ensuite sur des kilomètres pour l'échanger
contre quelques pièces
ou pour se réchauffer pendant les nuits glacées.
Ils sont mutilés par les mines anti-personnels
qui jonchent tout le territoire Afghan,
ou blessés par une roquette tirée sur Kaboul par les hommes d'hekmatiar
ou par ceux du commandant Dostom.
S'ils ont beaucoup de chance, ils seront peut-être soignés à l'hôpital
Kharte-se,
tenu par le C.I.C.R, où ils trouveront une prothèse fabriquée
artisanalement par d'autres blessés.
Ils n'ont plus d'autres moyens de subsistance que d'entrer en
quasi-esclavage dans une fabrique,
pour marteler ou pour galvaniser une tôle avec du plomb qui leur
collera aux mains à jamais,
et les condamnera au saturnisme.
Ils ont été plus ou moins réquisitionnés, ou vendus par leurs
parents qui ne pouvaient plus les assumer,
à un groupe de moudjahidin qui les occuperont aux basses œuvres
le jour et à de plus basses encore la nuit.
Quand ils ne sont pas envoyés se glisser entre les lignes pour
espionner ou déminer.
Les plus forts serviront un camp ou un autre, au moyen d'un vieil
AK-47
qu'on leur aura mis entre leurs mains d'homme de 13 ans, pour
une solde dérisoire.
Ils pourront alors racketter à leur tour les plus jeunes,
comme ils l'étaient eux-mêmes quelques années auparavant.
Kaboul, en décembre 1994, était une ville tiraillée entre les
différentes factions armées,
commandées par des chefs de guerre qui étaient auparavant alliés
contre l'occupant russe.
Les enfants y subissaient toutes les formes de souffrance que
les plus petits ou les plus faibles
peuvent vivre ou
avoir vécu ailleurs dans le monde.
Ils affrontaient la malnutrition et le froid. La pauvreté les
obligeait à des travaux insalubres et à peine payés,
dans l'absence totale de soins, de structures sociales ou politiques,
d'éducation et d'information.
Ils souffraient, comme les adultes, et parfois plus, des effets
directs de la guerre :
les mines, les bombes et leurs membres arrachés, la haine, les
divisions et leurs lignes de fronts,
leurs zones interdites, leurs routes coupées.
Très souvent ils faisaient face à l'absence de père et de mère,
parce que ceux-ci étaient, soit morts au combat,
soit réfugiés, déplacés ou simplement disparus.
Leur innocence leur a été volée. Ils n'auront pas connu le temps
de l'enfance et
auront vécu leurs premières années en danger de mort permanent,
ce qui laisse pour toujours d'autres blessures,
invisibles mais tellement plus destructrices.
Laurent
Van der Stockt
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